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Science véritéScience vérité(s) et humilité

 

Controverses et réflexions
Science vérité(s) et humilité

  • Les décisions prises par les autorités politiques pour la gestion de la pandémie liée au coronavirus suscitent de nombreux débats sur le plan des libertés qu’il s’agisse de la liberté de circulation, liberté d’expression, liberté de la science.

    Ils agissent comme des révélateurs de l’état dans lequel se trouve l’Humanité « malade » et amènent des questionnements sur le sens de la vie, l’application de valeurs universelles qui touchent à la liberté, au respect, à la non-violence, à la responsabilité (lire à ce propos cet article et celui-ci ).

    Nous avons vécu successivement un confinement dedans puis un confinement dehors appelé par les autorités « déconfinement progressif » (lire l’article sur le terme déconfiner ) et ce volet est loin d’être clos puisque les libertés ne sont pas effectives.
     
     

    Il est légitime de se demander quelle sera la prochaine étape dans l’escalade la renonciation aux libertés ?

    Concernant le Coronavirus, des personnes ont perdu la vie et tout le monde a perdu la liberté. Au nom de la situation sanitaire, les gouvernants ont imposé de ne plus sortir de chez soi sans autorisation et, pour les personnes malades, les polémiques vues dans les médias pouvaient laisser à penser qu’elles n’avaient pas accès au traitement qui leur aurait permis de guérir.

    La gestion de la crise s’est ainsi accompagnée, durant ces mois qui se sont écoulés, d’un défilé dans les médias de personnes qui se présentaient comme des spécialistes ou des responsables de telle ou telle agence médicale ou relevant de la santé, qui se contredisaient parfois et nous avons pu lire le décompte des décès en temps réel. Comment est – il possible de se situer dans tout cela, comprendre et prendre du recul ?

    Dans les médias et sur les réseaux sociaux circulent des informations et toutes sortes de théories qui sont à même de nous faire douter*. La médecine et la santé en général sont des domaines complexes : personne ne devient spécialiste en trois clics ou en regardant une vidéo sur un sujet précis. L’intérêt porté à ce domaine nécessite de recouper les informations, prendre du recul, d’opérer une synthèse, qu’il n’est pas aisé de faire quand nos compétences ne sont pas à hauteur de notre curiosité.
    Est-ce judicieux d’écouter son intuition plutôt que de céder à des titres racoleurs écrit en 15 ou 20 mots ?

    Face à ce déferlement d’informations, et de controverses, dans cet article, nous choisissons d’évoquer certains aspects, inspiré d’articles ou chroniques diffusés récemment** dont l’un concluait ainsi : « Non, il n’y a pas 67 millions d’épidémiologistes et d’infectiologues en France. Oui, il y a l’impérieuse nécessité d’une éducation et d’une information à la santé qui intègre la connaissance des démarches indispensables à des déductions adéquates. Au présent et à l’avenir. Pour nous et pour nos descendants ».

     
    Nous avons questionné Marc Girard, responsable du Mouvement Raélien en France et Antoine Berner, responsable international de la newsletter « RaelScience ». Nous avons évoqué la complexité de la science, la nécessité d’un apprentissage, l’acquisition d’une expertise ou discipline et la relativité des connaissances.

      Question – Des philosophes, comme Edgar Morin, ont fait part de l’importance d’apprendre à mieux comprendre la science et à vivre avec l’incertitude »***. Quelle réflexion cela suscite pour vous ?

        Marc G – L’accès aux données n’est plus réservé aux universitaires et tout le monde se croit capable de faire un diagnostic après avoir lu 2 ou 3 mots savants. Nous avons assisté à des « combats » dans des tribunes sur Facebook ou ailleurs. Ce qui, au final donne le sentiment de discussions d’incompétents dans les bistrots virtuels.
        Sans remettre en question cette fantastique ouverture sur le monde que constituent les nouvelles technologies, la simplification et ses conclusions grossières et grotesques ne peuvent devenir la règle.
        La complexité (surtout en médecine où un corps ne réagit pas de la même façon au même remède ou médicament) demande du temps, de l’humilité, de l’apprentissage. Comment accepter l’idée qu’il peut y avoir des erreurs, des « tâtonnements » en médecine, que cela prend du temps pour valider un traitement alors qu’il y a une vie derrière ?
        Un médecin aussi diplômé et expérimenté soit-il n’est pas infaillible, il reste humain, peut se tromper et dans cette discipline plus qu’ailleurs, il faut de l’humilité…
        Je m’interroge inévitablement lorsque je vois tous ces pontes se succéder et se déchirer à la télévision et asséner leurs vérités. Ce Covid19 m’a fait découvrir le vrai visage non pas de dieu (ndlr : “Le vrai visage de Dieu” est le titre de certaines éditions des livres de Raël) mais le vrai visage du médecin.
         
        Antoine B – L’article d’Edgar Morin que tu évoques me plait parce qu’il relie la question des résultats scientifiques à l’épistémologie, une approche critique de l’histoire des sciences et de la connaissance, qui incite à se poser la question de pourquoi nous tenons quelque chose pour vrai, et sous quelles conditions nous sommes prêts à changer notre idée de la vérité ou de la connaissance (voir notamment les travaux de Karl Popper et Thomas Kuhn).
        Trop peu de gens, y compris parmi les scientifiques, s’intéressent à ces questions alors qu’elles sont fondamentales puisque toute notre vision du monde et donc nos actions, sont basées sur ce que nous tenons pour « vrai ». Nous croyons trop facilement savoir démêler le vrai du faux, sans prendre conscience de comment nous fondons et construisons nos certitudes, qui peuvent être des illusions totales et qui hélas très souvent font de nous leurs esclaves à devoir les défendre comme des vérités alors que nous n’en savons rien.
        Pour moi, la certitude est très dangereuse parce qu’elle nous coupe et nous fige, alors que le doute nous met en mouvement; « certitude, servitude » écrivait Jean Rostand. Pour résumer plus simplement, il est très difficile de savoir que l’on est ignorant et plus on est ignorant d’un domaine, plus on a tendance à surestimer nos connaissances; a contrario, les experts d’un domaine sont beaucoup plus conscients de l’étendue de leur ignorance. On appelle ça l’effet Dunning-Kruger, selon lequel les plus ignorants non seulement surestiment leur niveau de compétence, mais ne parviennent pas à reconnaître la compétence chez ceux qui sont réellement compétents.

     

      Question – Finalement, la science nécessite donc de cultiver des qualités essentielles comme l’Humilité. Est-ce que l’on peut dire que finalement on ne sait pas grand-chose, tout en avançant sur le plan scientifique et humain et comment ?

        Marc G – Prendre conscience que tous les possibles existent dans l’infini, tout et son contraire est une partie de la vérité et de la même façon que le Ying et le Yang ne sont pas opposés mais complémentaires.
        Avoir simplement l’humilité de dire qu’on ne sait pas et faire de son mieux … Dans tous les domaines.
         
        Antoine Berner –
        La science est un processus mené par des humains imparfaits. Et elle n’est pas non plus infaillible. On ne peut pas l’ériger en absolu, mais dans l’histoire humaine, la méthode scientifique semble avoir été la plus apte à remettre en question ses propres résultats (contrairement aux postures dogmatiques qui figent les religions et sclérosent les débats).
        Donc, oui, l’humilité d’admettre que nous ne savons rien tout en essayant de comprendre l’univers, avec nos illusions et nos erreurs, mais en progressant d’une façon structurée qui paraît nous éclairer et nous permettre d’améliorer la condition humaine. La forme la plus avancée de la théorie qui croit avoir intellectuellement compris quelque chose, c’est la pratique qui réalise des « miracles », en envoyant un robot sur mars, en nous connectant par l’internet, en supprimant les souffrances, en repoussant la mort, en accroissant notre confort etc…
        Ce n’est qu’en prenant le risque d’échouer que nous apprenons à réviser nos hypothèses et nos convictions : s’il est facile de construire des suppositions parfois métaphysiques sur la manière dont l’univers ou la biologie fonctionne, ce n’est qu’en se posant sur Mars, ou en créant un être vivant 100% artificiel que nous testons notre compréhension.
        Nous avons parfois l’impression d’accroître nos savoirs, mais nous ne devrions jamais oublier que la somme de nos connaissances (ou pseudo-connaissances) est finie alors que l’étendue de notre ignorance est probablement infinie.

     

  • Lire aussi :

      La santé par la science et l’effet placebo
      Le consensus en science mène-t-il au conformisme ?
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  • nous faire douter* : A écouter : les points sur les i -Clément Viktorovitch : Éloge du doute, Clique TV, 2 juin 2020 https://www.facebook.com/watch/?v=177963566988459
  • inspiré d’articles** : Sur corrélations et causalités, Etienne Klein, physicien et philosophe des sciences a énoncé avec humour : Ce n’est pas parce qu’il y a des grenouilles après la pluie qu’on a le droit de dire qu’il a plu des grenouilles”. Le physicien et philosophe (26 avril 2020 – Emission C politique).
  • (…)vivre avec l’incertitude*** : https://lejournal.cnrs.fr/articles/edgar-morin-nous-devons-vivre-avec-lincertitude

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