Son précieux flacon d’Eau de Rose de Provins…

     


    Son précieux flacon d’Eau de Rose de Provins, réconfortante fragrance dans le petit nid fleuri de sa chambre 

    Véronique Drouin, Juillet 76aH*/ 2022

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    Une jeune femme, vêtue d’une simple robe d’été, libère délicatement le rosier des herbes qui l’étouffe. Elle est penchée sur l’arbuste et semble lui parler. Elle parle aux fleurs et aux animaux comme elle parle à ses grands-mères avec beaucoup de respect et de compassion. Quand elle aide ses gestes et ses paroles sont douces, toutes en retenue. Depuis qu’elle est toute jeune fille, elle aime particulièrement les roses, c’est sa grand-mère qui se prénomme Rose qui a inspiré ce jardin qui croule en début d’été sous les roses les plus délicates.
     
    Adolescente, cette passion quasi-familiale l’avait entrainée à Provins, ville de la rose de Provins qui base une partie de ses activités touristiques autour de la rose.
    En visitant la Roseraie de Provins, sa mère lui avait acheté un flacon d’eau florale à la rose de Provins.
    Cette eau délicate n’a rien à voir avec la rose de Damas qui compose en général les eaux, les parfums, les savons à la rose.
     
    Subtile et unique, flacon précieux qui ne se vide que goutte par goutte, chaque soir pour parfumer délicatement l’adolescente qui apprécie ce réconfort de retrouver cette fragrance dans le petit nid fleuri qu’est sa chambre.

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  • Pour qui nous connaît, Jean-Claude et moi, c’est une mission pour nous : Retrouver un précieux flacon d’eau de rose de Provins pour une jeune fille délicate.
     
    Aucune parfumerie, aucun site internet, ni même des artisans parfumeurs ne proposent cette eau de rose.
     
    Nous profitons donc d’un de nos nombreux voyages pour faire un détour par Provins.
     
    Nous arrivons un soir d’été lumineux à Provins, à la fermeture des magasins et nous avons le bon réflexe de nous rendre directement au magasin de la Roseraie de Provins où nous achetons un flacon quelques minutes avant la fermeture et nous repartons dans l’euphorie de la mission accomplie.

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  • Quelques années plus tard, nous découvrons que le flacon est à nouveau presque vide. Cette fois, de retour de Scandinavie, nous décidons de terminer notre périple par une étape à Provins. C’est la fin de l’été, un dimanche soir, les orages se succèdent. L’unique camping est ouvert. C’est un camping quasiment vide, mal entretenu. Dès l’arrivée, les chiens du gérant nous barrent l’entrée de l’accueil.
     
    En général, les touristes voyant surgir le gérant éméché derrière ses chiens enragés changent de cap. Mais nous avons une mission, alors nous prenons une nuit dans cet endroit sinistre.
    J’ai certes le goût pour les endroits déserts et perdus, le côté sauvage et désespéré peut avoir beaucoup de charme.
    Mais ce soir, là, il est difficile de retrouver une lueur d’espoir : mais que faisons-nous là ? Il faut me rappeler l’image de la jeune fille qui parle aux roses pour revoir la vie…
    en rose.
     
    Le lendemain, le soleil est là et nous partons à pied à la découverte de la ville haute, la ville médiévale. Nous rentrons dans tous les magasins à la recherche de notre eau de rose. Les magasins pour touristes croulent sous les produits à la rose de Damas mais pas la moindre trace de notre flacon. Nous continuons dans la ville basse, les commerces plus traditionnels, nous ne trouvons rien que nous n’ayons pas dans nos ville, les enseignes et les produits sont tous les mêmes.
     
    C’est ainsi que nous retrouvons le chemin de la Roseraie de Provins avec notre quête et notre histoire. La responsable du magasin prend le temps de nous écouter et nous explique que l’association qui cherche à préserver la rose de Provins ne produit plus la précieuse eau de rose. La dame fait au mieux en nous vendant le dernier flacon testeur, à peine entamé. L’histoire de l’eau de rose de Provins est terminée, nous ne la chercherons plus.

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  • Plusieurs années ont passées. Hier soir, à quelques mètres de notre rue, un marché nocturne, les artisans se sont installés à l’ombre. C’est l’occasion d’une petite promenade se terminant par un repas sur de longues tables à discuter avec de vagues connaissances. La soirée se terminera par un bal.
     
    Au détour du Marché, un artisan propose des savons et d’autres produits à base de fleurs naturelles et des huiles essentielles. Mon œil est attiré par un flacon d’eau de rose de… Provins. En pensant à la jeune femme qui aime toujours les roses, nous l’achetons. L’artisan nous précise qu’il ne s’agit pas de l’eau de roses de Damas. Nous lui racontons en partie nos histoires à Provins et lui nous raconte la sienne.
     
    Lui aussi a fait le détour à Provins pour l’eau de rose, lui aussi a appris que l’association ne la produisait plus. Il n’a rien pu sentir, nous avions pris le dernier flacon. Alors il a acheté des rosiers. Les rosiers de la Roseraie de Provins. Des rosiers qu’il a planté dans ma région.
     
    Il a recueilli les roses et a fabriqué, lui-même, cette eau de rose qu’il a vendu dans ce marché nocturne à quelques mètres de chez moi.
     
    L’Eau de Rose de Provins avait su nous retrouver. Demain, nous expédierons le petit flacon si précieux à la jeune femme à la rose, accompagné de cette petite histoire ici contée. Dans le petit nid qu’est sa chambre, elle appréciera le réconfort retrouvé de sa fragrance.

     

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  • Lire aussi :

      Chine : La vie des roses (vidéo)
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    2. 76aH* : Le 6 août, date anniversaire de l’explosion de la bombe atomique sur Hiroshima marque l’entrée de l’Humanité dans une période charnière. C’est aussi le début du calendrier raélien : depuis le 6 août 2021, nous sommes en 76aH, 76 après Hiroshima.   (Lire plus à ce sujet)

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