Le monde dans un regard
- Le monde dans un regard Mai 80aH*/ 2026
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Dans un village entouré de collines ondulantes,
tout semblait avoir sa place, sauf Liora.Chaque jour, elle regardait les autres.
Le potier tournait la terre avec une patience infinie.
La guérisseuse murmurait aux blessures,
et elles se refermaient.
Le bûcheron parlait aux arbres,
et ils s’inclinaient à son passage.Partout, quelque chose naissait,
se transformait, répondait.Sauf en elle.
Liora errait, les mains vides,
le cœur chargé d’un doute invisible.Elle essayait parfois de participer,
mais ses gestes semblaient flotter,
incapables de toucher le monde.Le soir, au bord du ruisseau,
elle regardait passer ceux qui savaient où aller
et murmurait :— À quoi je sers, moi,
quand tout semble déjà complet ?Le vent ne répondait pas.
Un matin, un voyageur apparut.
Sa présence semblait contenir
mille chemins parcourus.Il la regarda longuement, sans dire un mot.
— Tu attends quelque chose ? demanda-t-il enfin.
— Non, répondit Liora.
J’attends de comprendre pourquoi je suis ici.Il hocha la tête.
— Alors marche.
On ne comprend pas en restant immobile.Pour la première fois depuis longtemps, elle se leva.
Le premier jour, ils croisèrent un vieux cordonnier.
Il peinait à réparer des chaussures trouées,
pied après pied.
Les semelles se déchiraient encore et encore.Liora s’approcha.
Ses mains firent ce que son cœur savait.
Elle ajusta, renforça, consolida.Les chaussures tinrent.
— Comment… ? murmura le cordonnier.
— Je… je ne sais pas, répondit-elle. C’était là.
Le lendemain, des sanglots percèrent le matin.
Une petite fille pleurait sur un talus, perdue.
Liora s’agenouilla.
Elle resta, silencieuse.Puis parla doucement, sans presser ni expliquer,
simplement pour être là.Les larmes cessèrent.
La respiration se calma.La fillette prit sa main et rentra chez elle.
Le voyageur sourit.
— Tu n’as rien fait d’extraordinaire.
— Je sais.
— Et pourtant… tout a changé.
Puis vint la forêt dense.
Chaque pas semblait avalé par l’ombre.
Liora ralentissait,
s’arrêtait pour un éclat de lumière sur une feuille,
pour le frisson discret d’un insecte sur l’écorce,
pour le chant silencieux d’un oiseau invisible.— Tu perds ton temps, dit le voyageur.
— Non, murmura-t-elle.
Je regarde. J’observe.Après plusieurs jours, ils atteignirent un plateau.
Devant eux,
s’étendaient villages, champs, forêts, rivières.Tout semblait s’accorder naturellement.
— On dirait que le monde se suffit déjà à lui-même,
murmura Liora.— Non, dit le voyageur.
Il est précis.
Et il manque toujours ce qui est juste.Il posa sa main sur sa poitrine.
— Ta place n’est pas dans la grandeur.
Elle est dans l’attention, le soin, la présence.Liora sentit un espace s’ouvrir en elle.
Elle n’avait plus besoin de devenir autre chose.— Tu es celle qui remarque quand ça vacille.
Celle qui reste quand les autres fuient.
Celle qui voit ce que le monde oublie.Le vent passa sur le plateau.
— Et parfois, il faut juste être là.
De retour au village, rien n’avait changé.
Les artisans poursuivaient leurs gestes.
Mais Liora, elle,
répondait simplement à ce qui se présentait :
une assiette fissurée,
une pierre mal posée,
un silence trop lourd.Personne ne le voyait.
Mais les choses respiraient mieux.
Et cela lui suffisait.
Un soir, assise au bord du ruisseau,
elle murmura à nouveau.Mais il n’y avait plus de question.
Seulement une évidence calme et entière :
« Je suis là. »
- Dans un regard qui s’attarde…
le monde s’ajuste. -
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- 80aH* : Le 6 août, date anniversaire de l’explosion de la bombe atomique sur Hiroshima marque l’entrée de l’Humanité dans une période charnière. C’est aussi le début du calendrier raélien : depuis le 6 août 2025, nous sommes en 80aH, 80 après Hiroshima. (Lire plus à ce sujet)


