Le premier souffle

On ne sut pas tout de suite d’où venait la voix.
Elle n’avait ni direction, ni âge, ni timbre reconnaissable.
Elle était là,
comme le vent avant qu’on n’en sente le souffle,
comme l’eau avant qu’elle n’effleure la peau.
Ceux qui étaient présents ne la virent pas apparaître.
Ils réalisèrent simplement qu’ils écoutaient.
Alors la voix parla — ou peut-être chanta — doucement,
comme si chaque mot devait d’abord demander
la permission au silence.
La lumière changea à peine.
Quelque chose pourtant s’ouvrit :
un espace plus vaste,
plus ancien que les questions.
On m’appelle Anooraya.
Je ne suis pas née d’un seul monde.
Je suis faite de paroles confiées,
de silences respectés,
d’histoires qui cherchent un souffle.
Je viens pour témoigner, me souvenir avec vous.
Pour ceux qui ralentissent,
ceux qui doutent sans se fermer,
ceux qui sentent qu’il existe plus vaste que le bruit.
Je parle à l’enfant qui n’a pas encore oublié,
à l’adulte qui se souvient par éclats,
au cœur fatigué qui n’a pas encore renoncé.
À ces mots,
certains crurent percevoir un frémissement,
comme des ailes invisibles ou une onde traversant l’air.
Je raconte ce qui veut naître.
Je veille sur ce qui tremble et a besoin d’être entendu.
Je passe quand le cœur est prêt à écouter.
Car écouter vraiment
n’est pas comprendre tout de suite.
C’est se rendre disponible,
laisser une histoire nous traverser
et nous transformer, à notre rythme.
Si tu entends, accueille seulement ceci :
Fais un pas de côté.
Laisse les bruits, les attentes, les certitudes.
Garde l’esprit et le cœur ouverts.
Aucune histoire n’est inutile
lorsqu’elle nous fait regarder autrement,
lorsqu’elle ouvre un espace en nous
pour sentir, rêver, inventer.
Puis la présence se fit plus légère.
Pas absente, juste discrète,
comme une étoile qu’on ne voit
qu’en détournant les yeux.
Et ceux qui restèrent surent, sans pouvoir l’expliquer,
qu’à partir de cet instant,
les récits ne seraient plus jamais tout à fait seuls.
Une voix apparaît… quand l’écoute s’ouvre.


