Faire tomber un dictateur… et construire quoi après ?
Lecture revisitée de « Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes’ de Srđa Popović.
Temps de lecture : 10 minutes
Dans un contexte de mobilisations (pompiers, étudiants et lycéens…) et de débats sur les libertés publiques, à six mois des élections présidentielles, nous proposons une lecture « revisitée » du livre de Srđa Popović.
(Nota : Cet article est une lecture libre, qui n’engage pas l’auteur de l’ouvrage).
Derrière son titre provocateur, ce livre montre comment des citoyens apparemment petits et impuissants peuvent changer un rapport de force grâce à la stratégie, l’humour, l’action collective et surtout la non-violence.
Vu sous le prisme de l’évolution des libertés en France et de la philosophie raélienne, plusieurs de ses idées prennent une résonance étonnante.
- Transposition du terme « dictateur » en France ?
Certaines évolutions récentes des libertés publiques peuvent-elles être rapprochées de mécanismes décrits par Popović ?
Pour un éclairage sur ce questionnement, revenons sur cette dernière décennie : nous avons eu l’occasion d’alerter sur le glissement d’un Etat de droit, où la liberté est le principe, vers un Etat d’exception, dès 2015 (https://fr.raelianews.org/etat-durgence-une-france-endormie-sous-larrivee-dune-dictature.html)
Une décennie marquée du sceau de l’état d’urgence (sécuritaire puis sanitaire) : de multiples textes dénoncés par des organisations comme Amnesty International sont venus restreindre les libertés et des logiques d’exception ont été pérennisées
(https://www.amnesty.fr/actualites/en-france-les-victimes-de-letat-durgence/
https://www.amnesty.fr/communiques/etat-durgence-10-ans-apres-que-reste-t-il-de-nos-libertes/)
Dès 2015, la voie a été ouverte à des poursuites pour apologie du terrorisme, qui sont de plus en plus nombreuses, y compris pour tenter de museler des artistes (https://www.raelfrance.fr/nouvelles-sur-la-liberte-dexpression/)
Ces évolutions s’accompagnent de discours bellicistes du Président de la République, en ciblant la jeunesse comme « vivier militaire » (https://www.raelfrance.fr/stop-a-emmanuel-macron/).
Une volonté de « mise au pas » qui se révèle aussi :
- avec l’application d’une doctrine de maintien de l’ordre très répressive à l’occasion des mouvements en cours (https://www.amnesty.fr/actualites/france-mouvement-lyceens-blocus-lycees-point-sur-la-situation/). « Quels seraient les commentaires des chaînes d’information permanente françaises, face à des images de policiers chinois, chargeant des étudiants », interroge Pascal Boniface, directeur de l’l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) (https://www.facebook.com/share/p/1KKquxaoSn/ ) ;
- avec la place de l’armée dans le système éducatif. Les dispositifs d’éducation à la défense et les partenariats entre l’Éducation nationale et les forces armées connaissent en effet un développement croissant, ce qui soulève des interrogations sur la place donnée à la culture militaire dans l’éducation des jeunes (https://www.cafepedagogique.net/2026/03/30/classes-defense-former-des-citoyens-ou-rapprocher-larmee/)
La volonté de faire perdurer un système à bout de souffle peut ainsi amener l’Etat à gouverner avec des méthodes qui s’apparent à celles d’un dictateur.
Partant de ce constat, nous poursuivons la lecture revisitée du livre Srđa Popović en mettant en lumière des valeurs révolutionnaires, pacifistes.
- La conscience et la responsabilisation
Popović montre qu’un pouvoir ne fonctionne que parce que des personnes, des administrations, des institutions et des citoyens continuent à le faire fonctionner.
Cela rejoint directement une valeur raélienne fondamentale : chacun reste responsable de ses actes, même lorsqu’il obéit à une autorité.
« N’obéissez à aucun ordre quel qu’il soit et quelle soit la personne qui l’a émis si cet ordre est contraire à votre conscience. »
L’application de cette valeur engage chaque individu à se sentir pleinement responsable de ses actes.
Il ne peut se retrancher derrière le fait qu’il subit le pouvoir : la liberté de choix va de pair avec la responsabilité et ouvre la voie à une souveraineté personnelle, en conscience.
- La non – violence, la véritable force
L’un des messages les plus puissants du livre de Popović est que la violence avantage presque toujours celui qui possède déjà les armes.
La résistance non violente permet au contraire de rassembler largement, de retirer progressivement son soutien à un système et d’éviter que la haine ne reproduise la violence que l’on prétend combattre. La non-violence n’est donc pas la passivité : elle peut être organisée, créative et exigeante.
C’est probablement ici que la convergence avec les valeurs raéliennes est la plus forte : respect absolu de la vie, non-violence et construction de la paix.
Popović propose un renversement intéressant : un régime semble puissant parce que nous regardons son sommet. Mais sa véritable puissance se trouve souvent à sa base : dans toutes les personnes qui continuent à coopérer avec lui. Retirer pacifiquement cette coopération peut devenir beaucoup plus puissant que l’affrontement.
En ce sens, dans les manifestations qui ont eu lieu récemment des pompiers expliquaient aux policiers qui les affrontaient leur volonté commune de bien commun. Ou bien ce sont des adultes qui ont formé une chaîne humaine pour protéger les collégiens ou lycéens, exerçant leur liberté de manifester, et qui ont demandé aux forces de l’ordre à ne pas recourir à des moyens violents.
Il peut arriver (plus rarement) que des autorités ayant reçu l’ordre d’empêcher des personnes d’exprimer leurs convictions, renoncent à exécuter un ordre illégal et baissent les armes.
Dans un contexte différent, Raël formulait en 2021 la même idée de solidarité comme rapport de force : “Quand tout le monde est solidaire pour la liberté, les forces de la dictature sanitaire deviennent impuissantes car elles sont une minuscule minorité. » (Maitreya Raël, 23 février 75 aH / 2021 https://www.raelfrance.fr/solidaire-pour-la-liberte/ )
- De l’impuissance à la puissance de la méditation
Le titre du livre pose implicitement une question magnifique : « Que puis-je faire, moi, alors que je suis si petit ? »
C’est également l’esprit de « 1min4peace » (https://www.facebook.com/1min4peace/?locale=fr_FR)
Méditer pour la paix est une action simple, accessible à chacun et chacune, individuellement ou collectivement.
Cette démarche ne remplace pas l’action citoyenne, diplomatique, humanitaire. Elle agit sur un autre plan qui est essentiel : cultiver en soi la paix, la compassion et la non-violence que l’on souhaite voir grandir dans le monde.
Consacrer consciemment un moment à la paix et agir ensuite autour de soi constitue une autre manière de dire : « Je peux commencer quelque part. »
La première révolution : choisir consciemment ce que nous voulons nourrir intérieurement — la peur ou la paix, la violence ou l’amour, la soumission ou la responsabilité.
- Faire tomber un « mauvais » système… et après ?
Renverser un « dictateur » ne garantit absolument pas que ce qui lui succédera sera meilleur.
La reproduction des mécanismes qui produisent l’incompétence, la corruption, la démagogie ou de nouveaux autoritarismes peut rendre stérile tout espoir de changement profond.
C’est ici que la Géniocratie, telle qu’elle est présentée dans les textes raéliens, pose une question différente :
Comment faire en sorte que la capacité de comprendre, prévoir, créer et résoudre les problèmes soit réellement mise au service de tous ?
Popović s’intéresse surtout à la manière de transformer un rapport de force. La Géniocratie interroge davantage la qualité de la gouvernance qui vient ensuite.
Les deux réflexions sont donc moins identiques que complémentaires.
Dans la philosophie Raélienne, la Géniocratie est présentée comme un système qui ne pourrait être instauré que démocratiquement. Raël qualifie la démocratie actuelle de « démocratie sauvage » et lui oppose l’idée d’une « démocratie sélective » fondée sur l’intelligence, le « bon sens » et la capacité d’anticipation.
« Gouverner c’est prévoir, et tous les grands problèmes qui se posent maintenant à l’humanité prouvent que les gouvernements n’ont pas prévu et qu’ils n’étaient donc pas capables de gouverner. » (Raël, La Géniocratie)
Pour approfondir : https://www.raelfrance.fr/une-autre-voie-la-geniocratie/
- Et le Paradisme ?
Le lien est ici plus indirect, mais il mérite réflexion.
Le livre de Popović nous invite à observer les structures qui rendent les êtres humains dépendants d’un système.
Le Paradisme pousse cette interrogation jusque dans l’organisation économique.
Dans la vision paradiste, les robots, l’automatisation et l’abondance technologique sont envisagés comme des moyens qui permettront de libérer progressivement l’humanité du travail contraint, plutôt que de concentrer toujours davantage richesse et pouvoir au profit d’une minorité.
Et se pose alors une autre question : que ferions-nous de notre liberté si l’être humain n’était plus obligé de vendre son travail simplement pour survivre ?
https://www.raelfrance.fr/quand-les-robots-travailleront-a-notre-place-que-ferons-nous-de-notre-vie/
Et, pour conclure : et si la vraie révolution était d’apprendre à vivre autrement. Ce changement prend son ancrage dans l’éducation et la liberté d’être soi. Un questionnement profond se retrouve d’ailleurs dans des aspirations portées en creux lors des mobilisations : dessiner un futur enthousiasmant pour la jeune génération.


