Quand les robots travailleront à notre place, que ferons-nous de notre vie ?
UN AUTRE REGARD SUR L’ACTUALITÉ
Quand les enseignements de Raël rencontrent le monde d’aujourd’hui
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Cinq millions de robots industriels travaillent désormais dans les usines du monde. L’automatisation progresse rapidement et l’intelligence artificielle élargit encore ce que les machines peuvent accomplir. Derrière la question des emplois menacés se cache pourtant une interrogation plus profonde : si nous parvenons un jour à nous libérer du travail, que ferons-nous de cette liberté ?
Le chiffre de 5 millions de robots marque un cap.
Le 24 septembre 2026, l’International Federation of Robotics (IFR) a annoncé que le parc mondial de robots industriels en activité avait atteint 5 millions en 2025, soit plus de deux fois plus qu’il y a sept ans. Plus de 600 000 nouveaux robots industriels ont été installés en 2025. L’IFR en prévoit environ 655 000 en 2026 et 806 000 en 2029.
Et les usines ne sont qu’une partie de l’histoire.
Une autre catégorie se développe parallèlement : les robots de service professionnels. Plus de 199 000 ont été vendus dans le monde en 2024, en progression de 9 %. Ils sont notamment utilisés dans le transport et la logistique, l’hôtellerie, le nettoyage professionnel ou encore l’agriculture. Les robots médicaux sont comptabilisés séparément par l’IFR.
International Federation of Robotics — Service Robots See Global Growth Boom
Nous ne sommes évidemment pas encore dans un monde sans travail. Mais la progression de ces technologies rend de moins en moins abstraite la vision que Raël développe depuis près de cinquante ans.
Quand les machines travailleront à notre place
Dans son livre La Géniocratie, publié en 1977, un chapitre porte un titre d’une étonnante actualité :
« Les travailleurs de demain : des robots électroniques ou biologiques ».
Raël y évoquait déjà le développement conjoint de l’électronique, de la cybernétique, de l’informatique et de la biologie, permettant de créer des machines capables d’effectuer des travaux jusque-là accomplis par les humains.
Raël, Géniocratie, « Les travailleurs de demain : des robots électroniques ou biologiques », p. 82
Mais l’enjeu le plus profond n’est peut-être pas la prédiction technologique elle-même. C’est la question qui vient immédiatement après : que deviendront les êtres humains si le temps consacré au travail diminue considérablement, voire disparaît ?
Le temps libéré pourrait être consacré à la recherche, à l’écriture, aux études, aux voyages, à l’art ou simplement à ce que chacun aime faire. Mais une société ayant de moins en moins besoin du travail humain nécessiterait aussi une profonde évolution des mentalités et donc de l’éducation.
« L’éducation aura beaucoup à évoluer pour former des gens prêts à s’épanouir au lieu de former des gens prêts à travailler. »
Cette réflexion oblige à poser le problème à l’envers.
Depuis des siècles, nos sociétés reposent sur une évidence : il faut travailler pour gagner sa vie. Le revenu dépend du travail et l’accès aux biens essentiels dépend du revenu.
Mais que devient ce modèle si les machines produisent progressivement une part croissante de ce dont nous avons besoin ?
Faudra-t-il continuer à inventer du travail pour distribuer des salaires ? Ou faudra-t-il repenser le lien entre travail, revenu et accès aux richesses produites ?
De l’automatisation au Paradisme
C’est précisément là que cette réflexion rejoint la vision du Paradisme, une société dans laquelle robots, ordinateurs et autres technologies prendraient progressivement en charge la production, jusqu’à réduire radicalement la nécessité du travail humain.
L’objectif ne serait alors plus seulement de produire davantage ou plus vite, mais de libérer l’être humain de l’obligation de travailler pour vivre, afin de lui permettre de consacrer son existence à ce qu’il choisit.
La machine ne serait donc plus seulement un outil de production. Elle deviendrait un moyen de rendre du temps à l’être humain.
Mais cette perspective soulève une autre question, à laquelle aucune machine ne pourra répondre à notre place : que ferons-nous de ce temps ?
Sommes-nous notre travail ?
Le travail ne nous apporte pas seulement un revenu. Il structure nos journées et, souvent, notre identité.
À la question « Que faites-vous dans la vie ? », nous répondons généralement par notre profession : je suis enseignant, médecin, chauffeur, ingénieur…
Comme si ce que nous faisons pour gagner notre vie finissait par définir ce que nous sommes.
Raël interroge précisément cette confusion :
« Est-ce que je suis parce que je vais à l’école ? Parce que je trouve un travail ? Parce que je gagne de l’argent ? Métro-boulot-dodo… ? »
Raël, « Le bonheur est la supraconscience », Contact 402, p. 7
La robotisation pourrait ainsi provoquer une révolution bien plus profonde qu’un bouleversement économique. Elle pourrait nous obliger à chercher ailleurs que dans notre profession la réponse à la question de ce que nous sommes et de ce que nous voulons faire de notre existence.
«
On perd sa vie à la gagner »
Une scène racontée par Raël à Tokyo résume presque à elle seule cette interrogation.
Dans le quartier de Shinjuku, il observe la foule qui se presse vers les bureaux, les banques et les entreprises. Au milieu de cette course, un moine bouddhiste avance lentement avec sa petite cloche.
Tout le monde court. Lui marche.
Et cette image fait surgir une vieille expression française :
« On perd sa vie à la gagner. »
Raël, « Le plus beau jour », Contact 411, p. 34
Aujourd’hui, cette phrase prend une résonance particulière.
Nous consacrons une énergie considérable à construire des machines capables de produire toujours plus vite. Si elles nous permettent un jour de ne plus travailler, peut-être découvrirons-nous que le défi le plus difficile n’était finalement pas de construire ces machines.
Mais de savoir quoi faire de la liberté qu’elles nous donnent.
Du temps pour être humain
Créer. Aimer. Apprendre. Faire de la recherche. Voyager. Méditer. Prendre soin des autres. Faire de l’art. Contempler. Rire. Ou simplement disposer de son temps sans devoir constamment justifier son utilité économique.
Pendant des millénaires, l’humanité a rêvé de construire des machines capables de travailler à sa place. Elle commence réellement à les construire.
La question qui nous attend n’est donc peut-être plus seulement :
« Que deviendront nos emplois ? »
Mais plutôt :
« Que voulons-nous faire de notre vie lorsque la gagner n’en sera plus nécessairement le centre ? »
Et, peut-être plus difficile encore :
« Saurons-nous apprendre à vivre autrement ? »

Le monde change. Et nous ?


